L’Europe n’est pas une grande caserne prussienne !

Capture d’écran 2015-07-16 à 14.27.13Quand un pays agit par hégémonisme et n’a que pour but d’éradiquer les plus faibles, il devient une menace pour tous les autres. La logique d’un prédateur, ou du loup au milieu de la bergerie ne peut pas fonctionner et cela ne peut pas se nommer une union. L’humiliation n’est pas une politique, c’est une agression délibérée et violente. Des limites ont été franchies, et seul un processus démocratique et européen peut y répondre.

Ce n’est pas en faisant des courbettes au gouvernement allemand, que nous nous en sortirons dans la zone euro, bien au contraire. Il faudrait afficher la même fermeté et à vouloir éjecter les autres, faire comprendre qu’à ce petit jeu du siège éjectable, c’est l’ensemble de l’édifice européen qui est en cause et menacé. A ce rythme des choses, nous aurions intérêt à nous passer des politiques « casque à pointe » ou menée à la prussienne, l’Europe n’est pas une grande caserne.

Finalement si les Grecs paient les pots cassés du système économique, ils le devront à une idéologie néfaste et destructrice, et à l’aveuglement de nos propres dirigeants à se soumettre à ce diktat. Le problème aujourd’hui n’est pas de se mettre au même niveau que nos voisins, sauf à détruire tout ce qui a été construit comme ponts d’échanges et de solidarité depuis cinquante ans. En raison des tonnes de commentaires et attaques à la fois contre le Peuple Grec et son Premier ministre Alexis Tsipras, s’il n’est vainqueur de rien, il a au moins évité le pire à l’Union. Le fameux « Grexit », dit amical, était un comble.

De quoi mettre en péril la fragile croissance mondiale, parce si la machine recommence à s’emballer, je ne suis pas sûr que nous pourrions tenir face à une deuxième crise systémique, sauf à redécouvrir les mêmes faiblesses et bulles spéculatives toujours pas purgées du choc précédent. Et ce que les systèmes financiers ont inventé depuis comme mécanismes incontrôlables et prêts à sauter.

L’idéologisation de l’économie, qui n’est pas un fait nouveau, mais qui tend à devenir l’armature ou la camisole de force du monde néo ou ultralibéral est un mal inquiétant. Ne vous référez pas au sens premier du terme, mais à cette logique mettant en concurrence individus et pays, au profit du capitalisme le plus vorace qui soit.

Je dis bien individus, car au mieux il s’agit de consommateurs. La citoyenneté conduite par les opinions publiques, c’est l’équivalent d’un expert « libéral » sur un plateau de télévision pris par une crise d’hystérie. Au final de l’exclusion, ou bien la mise à mort d’un homme légitime est préférable, que de regarder ses propres contradictions et impasses.

Tsipras aura été le plus responsable de tous, même s’il sait que cet accord ne pas fonctionner, sauf à fabriquer sans fin de la dette, c’est lui qui a évité la grosse casse, car nous mettions là un doigt dans un engrenage dangereux. La demande manifestée depuis le début est un rééchelonnement de la dette, nul n’est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre…

Surtout que nous avons eu droit au couplet sur la responsabilité, face à un problème politique. Si Tsipras s’est révélé comme un grand politique, loin du visage dépeint du « populiste, nationaliste » et j’en passe sur la terminologie d’extrême gauche… Au crime, il a usé de la démocratie dans le bassin même de ce mot (1), qui fait si peur aux cousins « germains » de l’alliance SPD-CDU et compagnie ?

Face à ce qui représente une agression, plus un déni de démocratie, c’est une guerre déclarée, elle n’a rien d’armée, et j’ai bien peur que toutes les synthèses fassent un grand flop face à une question politique. Bizarrement, les nationalistes français tout poil confondu ont fait presque front commun avec le ministre des finances Wolfgang Shauble sur le « Grexit ». Les Rep’s (ou anciens UMP) ont défendu le saint dogme avec l’ange noir Merkel, et le brave Monsieur Hollande a trouvé la pire des synthèses, car sans dessein ou une incapacité à voir plus loin que les régionales de la fin de l’année.

Le politique n’a aucun contenu et pire, de propositions à mettre en œuvre, il subit les coups et semblent apprécier. Sauf, à nous ressortir du déjà vu comme cette idée de gouvernement économique, et le reste on le vend ou on s’assied dessus? Comment dire, il n’y a pas de fond politique, ni perspective, sauf l’enlisement des courtes vues. Sans Europe politique, nous continuerons à nous soumettre à des alchimistes, des dosages que les travailleurs européens paient en bout de course, notamment en matière de législation sociale et conditions d’existences.

Difficile d’exprimer un trop plein sans tomber dans le passionnel, quand la question est de garder raison. De cette volonté d’un euro aux apparences d’un totem d’un Euro-Marck ne peut fonctionner que si, il existe une volonté commune, et cette volonté ne peut être que l’expression de tous les peuples européens. Au lieu d’en déléguer le pouvoir, l’idée d’une constituante pour l’Europe est le seul chemin pouvant nous mener à une union véritable et durable, à la fois politique, économique et sociale.

Quitte à en revoir la dimension ou le nombre de  pays membres, mieux vaut une union fondée sur l’intégration, et se demander si une Europe gréco-latine est compatible avec le monde anglo-saxon ? sachant que Frankfort et Londres ne font plus qu’une place boursière commune. En dehors des sphères financières il semble que l’humain n’évoque plus grand-chose

Au passage, le projet devrait être aussi culturel, car le seul moyen de construire une identité commune. Les cinquante ans écoulés n’ont pas aidé à bâtir ce qui pourrait être une évidence. Aristote, Platon, Socrate, et la liste pourrait être longue, si l’on rajoute aux philosophes, les savants ou littérateurs. Dans cette manière d’agir, ce sont nos fondamentaux culturels que l’on nie. Par humour, la mythologie des bords du Rhin ce n’est pas ma came, probablement un vieux réflexe donnant non point raison à Freud, mais plus à Vladimir Jankélévitch. De quoi rester perplexe face aux mécanismes impériaux allemands actuels.

C’est face à cela qu’aurait dû répondre le brave Monsieur Hollande, c’était de dire un non catégorique à ce grand jeu de monopoly, ou les citoyens n’ont pas leur mot à dire, et ce dès la première rencontre avec les foudres du temps (mai 2012). Le couple franco-allemand est devenu un mythe. L’histoire d’un mari battu par sa femme, trop honteux de dire de ce que peut être une relation sadomasochiste. Faute de dessein ou de projets politiques, allons nous continuer à rester devant ce spectacle de grands malades?

Le show auquel nous avons assisté depuis le référendum s’est résumé en une négociation avec la pointe de l’arme tendue sur la tempe d’un partenaire : « tu signes ou je te flingue! ». Qui plus est mon sentiment est que la France a surtout servi à mettre une corde autour du cou au peuple Grec et à son mandataire. Même le FMI pense, et fait savoir, qu’il faut desserrer le nœud  de cette corde de la dette. C’est dire quelles perspectives sont offertes aux Grecs de se renflouer et de construire un état moderne avec ce traité de dupe, qui échouera comme le reste des plans précédents et pas seulement en Grèce. La potion est mortelle, le malade ne peut qu’en sortir guéri, mais mort.

Mais que pèsent quelques millions de personnes face à des armateurs sis à Luxembourg et s’extrayant des taxes locales ? et cette découpe annoncée de la richesse d’une nation pour les requins de la haute finance. C’est proprement intolérable et c’est ce barbarisme qu’il faut dénoncer, que de vouloir arracher et ternir l’honneur d’un pays lâché aux chiens.

Je ne pense que la lâcheté soit une audace, car si nous devons imposer ce régime supplémentaire d’austérité, cela cache qui sait l’intention d’en faire de même dans quelques mois en France, à moins que le ministre Macron ait encore beaucoup à légaliser de la mascarade néolibérale, qui ne sait que faire sans l’Etat et ses subsides. Les messieurs toujours plus de contraintes pour les petits et les mécanismes à détruire un état de droit à petit feu au profit de quelques possédants, ils sont devenus les ennemis de l’intérêt commun et ne s’en cachent plus.

Ah si, j’allais, oublier ! Où est la gauche dans cette affaire ? Une victoire historique ou une capitulation en rase campagne? à chacun son appréciation des choses. Pour le reste, nous sommes beaucoup à la chercher cette gauche de progrès et à la sortir de sa virtualité, elle n’existe pas encore, elle reste aussi à construire !

1) Démocratie : « Régime politique, système de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l’ensemble des citoyens ».

Lionel Mesnard – NGS Paris

1 Commentaire

  1. kubicz

    Je pense qu’il faut faire un break avec cette UE, revenir dans un premier temps à notre monnaie et à notre indépendance politique mettre tout sur la table puis recréé une autre Europe sociale et pour les citoyens, c’est à eux de décider se qu’il y a de bon pour eux.
    Sinon on va recréé une ex. Yougoslavie ou une URSS, d’ailleurs il y a beaucoup de point commun avec l’UE, sauf que ex. URSS était un peu plus re-distributive avec le peuple le contraire de l’UE ou elle donne de l’argent à ceux qui en ont pas besoin.
    Tout comme, il est désormais impératif d’en finir avec cette 5éme république, une fois élu le président « on en a un exemple avec hollande » n’applique pas son programme pour lequel il a été élu on appel cela de la traitrise.

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