Le livre de la rentrée 2016 : « Ma part de Gaulois (1) » par Magyd Cherfi

Un beau rappel pour l’égalité et la fraternité

capture-decran-2016-09-11-a-13-46-33

Dans ce livre Magyd Cherfi, 54 ans, nous conte sa vie de petit Beur, son combat pour la reconnaissance, le droit d’être un français comme les autres. De Zebda (groupe dont il fut le parolier), en passant par les motivé-e-s (mouvement politique local de gauche crée à Toulouse), Magyd est devenu un écrivain de talent, révolté par le gâchis que représente l’apartheid dont sont victimes les jeunes des quartiers, leur rejet malgré 35 ans de luttes et de promesses non tenues de la part de la gauche.

 

Déjà dans sa tribune du 17.11.15, intitulée « avoir envie de sauver la France »,  Magyd Cherfi avait révélé au grand public, son talent et ses tourments d’algérien né en France : »Il y a des jours comme ça où on aime la France, où on a envie de chanter la Marseillaise, envie d’être tricolore comme un supporter insupportable. Il y a des jours où on se reproche de pas être assez français. Des jours où on voudrait s’appeler Dupont quand on s’appelle Magyd. Suis-je toqué ? Suis-je choqué ? Oui je laisse se répandre la douleur en mon cœur et reposer ma tête percutée de plein fouet. »

Mais dans « Ma part de Gaulois », Magyd nous présente ses amis et aussi tous ceux, de sa génération qui vivent dans la cité et qui n’arrêtent pas de le chahuter, de le traiter de « pédé ».Il nous raconte ce que fut son parcours, les difficultés d’être un jeune algérien issu d’une famille pauvre et  sans culture. Il décrit avec brio et humour une situation désespérante.

Sous sa plume, les mots sonnent vrais, les mots sont tels des couperets. Il nous conte ainsi les  déchirements de son père, refusant de demander la nationalité française pour ne pas trahir ses frères morts dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

Il nous décrit ce rejet tenace qu’il a vécu et vit encore, parce qu’il n’est pas blanc, s’appelle Cherfi et non Dupont et qu’il se retrouve malgré lui au confluent de deux cultures, celle de ses origines et celle de la France, son pays.

Avec une piquante autodérision, il nous fait revivre la marche des Beurs de fin 1983 et tout l’espoir qui animait cette génération. La déception lorsque, reçu à l’Elysée par François Mitterrand, il leur offrit une carte de séjour comme on donne « un titre de vacances ».

« Nous voulions être considérés comme nos camarades, être des français, nous voulions que nos parents puissent avoir les mêmes droits que les français blancs, le droit de voteCela fait 35 ans que les hommes politiques de gauche nous promettent le droit de vote, lors des élections« .

Ainsi, les hommes naitraient libres et égaux, dans les textes, dans les principes affichés et enseignés mais pas toujours dans la réalité.

Le livre est aussi un témoigne d’une aventure politique au sein des « Motivé-e-s » de Toulouse qui recueillera plus de 12% aux élections municipales de 2001 et obtiendra 4 conseillers. Si cette aventure s’est poursuivie, elle laisse toujours ce goût amer de la non reconnaissance.

Lors des élections Magyd Cherfi se souvient  : » Pour nous  il n’ y a qu’un tour  » écrit-il « Pour le deuxième tour, Pierre Cohen vient nous voir, et nous offre la 48° et la 52° place sur sa liste ! C’est à chaque élection la même chose, les élus se souviennent des motivées et viennent solliciter leur appui, sans faire avancer notre cause ! »

Mais depuis le 13 novembre 2015, la situation est devenue  dramatique pour les jeunes des cités, le rejet est beaucoup plus ouvert. Et plus ils sont rejetés, plus ils se défendent avec leurs armes, celle de la révolte et de la provocation. Ils se rappelent à notre mémoire, leur révolte est devenu identitaire: ils se veulent musulmans et rejettent à leur tour ceux qui les ont rejetés.

Si « Ma part de Gaulois » révèle des pistes de discorde, ce livre est surtout  un appel à la fraternité et l’égalité des droits, « au nom  de leurs pères  parfois morts pour la France, qui ont contribué  au développement de notre pays sans qu’on leur fasse la place qu’ils ont méritée par leur travail, leur amour de la République, qui ne leur accorde pas l’égalité et oublie la fraternité qui devraient nous unir ».

Ce serait enrichir notre pays, que d’inclure leur histoire, dans notre récit national !

La France n’est plus seulement judéo-chrétienne, elle est aussi musulmane, et comme l’a écrit Saint Exupéry, « enrichissons nous de nos différences. »

 

1) Paru le 17 aout 2016 aux éditions « actes sud », Ma part de Gaulois est présélectionné pour le prix Goncourt.

Jean Bachèlerie – NgS 31

Marianne Nedyj – Coordinatrice générale NgS


Littérature : Magyd Cherfi et sa « part de Gaulois »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *